03.02.2018

Slow wear portrait #2 : Anne-Laure Eustache (P.O.P)

Plongée dans l'univers sensible de la créatrice des collections P.O.P.

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Intuitive, alternative, Anne-Laure Eustache a créé en 2015 la marque de prêt-à-porter et d’accessoires P.O.P à son image, uniquement à l’instinct. P.O.P est un acronyme ouvert, chacun peut lui attribuer le sens qu’il souhaite. Mais, derrière un aspect volontairement insaisissable qui laisse le champ libre à la créativité, se trouvent des partis pris affirmés et une direction artistique franche : valoriser le patrimoine textile français et penser des collections aux lignes épurées, contemporaines, fluides, faciles à porter et à vivre. Les créations P.O.P, qui incarnent des valeurs fortes, allient ainsi l’humain et la matière, l’organique et l’exigence du savoir-faire.

Anne-Laure travaille uniquement avec des fabricants textile français avec lesquels elle a noué des liens étroits et durables, depuis plus de 10 ans pour certains. Elle travaille la viscose écologique, le jacquard de coton, les mélanges de fibres laine et lin. Les tissus sont des commandes imprimées, des productions test, ou sont issus de surplus de production. Anne-Laure construit ensuite ses silhouettes comme des tableaux. Ses inspirations sont poétiques, minérales, basées sur les éléments naturels, comme la collection « Waves », pensée sur thème de l’eau. Sa dernière collection, qui explore des couleurs plus chaudes, l’or, le rouge, l’orange, le rose, porte un nom aux accents végétaux et surréalistes : « Pensées abstraites d’une grenade en hiver ».

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Anne-Laure aime créer autour de la notion de flou, comme les émotions et les ressentis, pour laisser les identités s’exprimer au travers du vêtement. Il en ressort des associations de vestes, kimonos, tours de cou (pouvant aussi se porter en turban) et sacs qui s’associent à l’infini et s’adaptent à tous les styles. Son approche est en constante évolution et se nourrit de ses nombreuses recherches sur l’image et la matière.

Après une rencontre sur son lieu de création, aux Ateliers Jouret à Roubaix, nous avons fait avec Anne-Laure l’exercice du portrait chinois pour ce deuxième volet de la série « Slow Wear Portraits ». Il en ressort un poème minimaliste et sensible, vrai reflet de son âme d’artiste et de sa douceur humaine.

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Si tu étais une couleur…
Toutes. C’est impossible pour moi de choisir, car je ne suis pas fixée sur une seule chose, un seul style, une seule esthétique… J’aime m’ouvrir sur un panel vaste et varié.

Un vêtement…
Un tee-shirt, très simple, très pratique. J’essaie de faire de la simplicité une discipline de vie. Cela illustre aussi ma manière d’appréhender les vêtements que je fais.

Une matière textile…
Le mohair, pour son côté doux et chaleureux, synonyme pour moi de chaleur humaine et d’amitié.

Une matière organique…
Une éponge. Sans le vouloir, je suis imprégnée de ce qui m’environne. C’est automatique.

Un imprimé…
Un patch. De la même façon que pour les couleurs, je tends toujours vers la mixité et l’éclectisme.

Une paire de chaussures…
Des espadrilles françaises ! Le genre de pièces à la fois simple et authentique, qui me correspond bien.

Un accessoire…
Des créoles. C’est la petite touche visible de ma féminité qui, je crois, est très peu présente chez moi. Ou bien, en tout cas, elle s’exprime différemment.

Un pays…
De l’autre côté du miroir…

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Une ville…
Vienne. C’est la ville où j’ai grandi. Elle m’a façonnée et m’a transmis son côté très ambivalent, à cheval entre traditionalisme et avant-garde, classicisme et modernité. C’est aussi une ville qui cultive une façade cachant tout un milieu alternatif et underground. Du moins, à l’époque, ça l’était…

Un lieu…
Un bateau sur la mer. A la merci des flots.

Un film…
Juliette des esprits de Fellini.

Un livre…
Trois en un : Le parti pris des choses de Francis Ponge, Le théâtre et son double d’Antonin Artaud, Eloge de l’ombre de Junichirô Tanizaki. C’est dur de choisir. Je n’arrive pas à m’identifier. Je peux juste mentionner ceux qui m’ont marquée et qui m’inspirent.

Un disque…
Ca dépend des moments, c’est comme les couleurs et les imprimés.

Un tableau…
Carré noir sur fond blanc de Malevitch. Dans ma démarche créative, je suis à la recherche de l’essence des choses, du degré zéro de leur expression. Travaillant le vêtement, la forme n’est bien sûr pas aussi radicale que ce tableau, d’autant plus que je recherche aussi à les traiter de manière expressive. Ça peut paraître antinomique mais je crois profondément que ça ne l’est pas. Je suis en quelque sorte à la recherche de l’essence d’une certaine forme d’expressivité.

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Photographies : P.O.P
Texte : Cécile-Jeanne Gayrard

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