01.05.2018

Slow wear portrait #3 : Andrea Sanabria Oviedo (La Petite Mort)

A la découverte du monde poétique, libre et multiculturel de la fondatrice de la marque de streetwear éthique La Petite Mort.

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« La Petite Mort : quête de l’extase ». En choisissant pour sa marque ce nom méthaphorique faisant clairement référence à l’orgasme, la créatrice Andrea Sanabria Oviedo fait une promesse forte, celle de la liberté et du plaisir au travers du vêtement.  Pour la tenir, cette jeune péruvienne, parisienne d’adoption et résolument hédoniste, s’est naturellement tournée vers le streetwear, pensé pour appréhender librement et confortablement l’espace urbain. Avec une autre envie tout aussi présente dans ses créations : tisser des liens entre les codes contemporains et les traditions textile Sud-Américaines.

Andrea dessine des modèles intemporels, souvent unisexes, pensés pour procurer du bien-être, et les fait ensuite produire au Pérou à partir de matières naturelles locales comme le coton Pima bio ou l’alpaga. Elle est ainsi en lien direct avec les artisans et producteurs de son pays, et valorise ainsi l’agriculture éco-responsable et les savoir-faire traditionnaux, aujourd’hui en danger face à la montée du tourisme et de la consommation de masse nivelant la qualité et les prix vers le bas.

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Après deux premières collections de tee-shirts, sweats et accessoires, d’une douceur exceptionnelle, ainsi qu’une collaboration avec l’illustratrice française Mlle Isaure, Andrea vient de lancer le « Vol. 3 » de La Petite Mort intitulé « The awakening ». Elle y développe de nouveaux modèles en maille de coton bio Tangüis, cultivé sur la côté péruvienne qui, grâce à ses qualités d’absorption, nécessite moins d’eau pour être produit, et moins de teinture pour être coloré. Les tops « Nila » et « Evora » et la robe « Stereo », trois modèles oversize tout en restant très féminins, sont entièrement tricotés à la main à Barranco, dans la région de Lima.

Pour ce troisième volet des « Slow wear portraits », Andrea a accepté de se prêter avec générosité au jeu du portrait chinois, nous faisant ainsi part de sa philosophie, de son enthousiasme et de sa joie de vivre, si bien reflétés par le streetwear poétique de La Petite Mort.

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Si tu étais une couleur…

Jaune. Totalement. C’est vraiment une couleur qui me parle, qui me rappelle le soleil. Quand je suis contente, cette couleur me rend encore plus heureuse. Et quand je ne suis pas très bien elle me remonte le moral. C’est la couleur de la vie.

Un vêtement…

Ce serait une jupe ample parce que c’est un vêtement qui permet une vraie liberté de mouvement. C’est frais, gracieux, confortable. De manière générale, avec les créations de La Petite Mort, je recherche systématiquement à procurer cette liberté de mouvement, avec des coupes assez oversize dans lesquelles on peut bouger sans contraintes.

Un imprimé…

Je dirais un imprimé avec des petits zigzags. Parce que ça représente bien la vie aussi, je trouve. Toujours en mouvement, électrique.

 Une paire de chaussures…

Des sneakers de ville. Du type Veja. Une fois de plus pour le confort et la liberté que ça procure, parce que tu peux faire tout ce que tu veux quand tu les portes.

Un accessoire…

Je n’utilise pas beaucoup d’accessoires… Je dirais un tatouage. C’est un accessoire permanent de peau. C’est quelque chose qui a une signification très personnelle, c’est vraiment « toi », à la différence de boucles d’oreilles par exemple.

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Un pays…

Complicated… ! Pas le Pérou, je pense que ce serait plutôt le Mexique. Je connais beaucoup de mexicains et ce que je trouve très rigolo, c’est un pays géographiquement assez éloigné du Pérou, il n’y a pas de frontière commune. Mais en revanche on se ressemble beaucoup, notamment physiquement, et en termes de culture aussi. Il y a notamment des choses très similaires entre les grandes civilisations Incas (Pérou) et Mayas (Mexique). Chaque fois que je me retrouve avec un mexicain, j’ai vraiment l’impression d’être avec un péruvien. Et le Mexique c’est vraiment un pays ouvert sur le Monde, car c’est un pays frontière.

Une ville…

Ma ville de naissance : Ilo au Pérou, dans le Sud du pays, sur la côte pacifique, pas loin de la frontière chilienne. C’est là où mes parents habitent. C’est un petit port à côté de la plage et c’est là où je me ressource. C’est à plus de 15h de route de Lima. C’est une ville qui n’est même pas très connue des péruviens eux-mêmes ! C’est toujours calme, hyper slow… Le premier cinéma de la ville a ouvert il y a 5 mois !

Un lieu…

Une bibliothèque. Par exemple à Paris, la BPI du Centre Pompidou. Parce que c’est gigantesque et que je m’y sens minuscule. J’adore cette sensation. C’est la sensation que j’ai quand je pense à ma place dans le monde. J’aime aussi les bibliothèques parce que c’est très calme, et tu es vraiment « toi avec toi ». C’est pour ça que j’y vais toujours toute seule.

Un film…

Je vais dire Kill Bill (volumes I et II). J’adore l’énergie du film, le côté très graphique, même dans des scènes très violentes, avec du sang etc. Ça reste très lumineux, et c’est très poétique aussi. Les noms des collections de Le Petite Mort (Vol. 1, Vol. 2,…) sont un clin d’œil à Kill Bill justement.

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Un disque…

Je vais plutôt citer un artiste qu’un disque en particulier. Je dirais Pedro Infante, c’est un artiste du Mexique des années 40, au moment de l’âge d’or du cinéma mexicain. Il était acteur et chanteur et  faisait beaucoup de films. Et donc quand j’étais petite au Pérou je le voyais et l’entendais très souvent. C’était une star dans toute l’Amérique Latine. Je trouvais tous ses films magnifiques, rigolos. Donc j’ai vraiment baigné dans son univers. Et depuis que le film Coco de Disney est sorti, dans lequel il y a un personnage qui a beaucoup de similitudes avec Pedro Infante, je me suis replongée dans tous ces souvenirs.

Un livre…

Oh, the Places You’ll Go! de Dr. Seuss. Il s’agit d’un livre pour enfants. C’est un bouquin qui parle de la vie, des hauts et des bas de la vie, des obstacles et de comment on va chercher ses ressources dans ces moments-là. C’est un bouquin écrit en rimes, c’est très poétique. D’où mon tatouage sur le bras de la phrase « Oh, the Places I’ll Go ». C’est l’idée de toujours continuer dans la vie malgré les obstacles.

Un tableau…

Un tableau qui je trouve représente très bien La Petite Mort et que j’ai découvert récemment au Musée d’Orsay, c’est Les Raboteurs de parquet de Gustave Caillebotte. Ce que ce tableau me renvoie c’est qu’il y a souvent beaucoup de travail qu’on ne voit pas pour arriver à un résultat final (là en l’occurrence, le travail de ces artisans pour restaurer le parquet d’un appartement parisien). Et l’idée aussi que ce sont souvent des anonymes qui sont  derrière ce résultat. C’est le cas pour les vêtements. Et il ne faut pas l’oublier.

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Photographies : La Petite Mort 
Texte : Cécile-Jeanne Gayrard

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